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L'inattendue étrangeté

À première vue, on pourrait penser que ses oeuvres nous troublent parce qu’elles représentent un monde inconnu, sombre comme l’encre de nos nuits... un monde imaginaire. Mais non, notre malaise, entre attirance et répulsion vient du fait, qu’elles nous dévoilent un monde que nous avons connu mais oublié ou refoulé. Inutile d’interrogerle Dr Freud, c’est notre inconscient qui parle et notre peau qui tremble. Artiste sensible, Françoise ressuscite un univers de fantômes, de fantasme de vécus, d’ombres enfouies...

De poupées brisées, martyrisées de l’enfance trahie et abandonnée. Et si ses oeuvres nous touchent et nous parlent.... C’est qu’elles nous sont familières et comme nous victimes et bourreaux. C’est la rencontre et la mission de l’artiste, capable d’être à la fois le Juif et le Kapo.

C’est vrai, nous sommes tous coupables avec elle de ce qui est advenu...terribles souffrances, horribles martyres et notre indifference! Marginale, peut- être et pourtant le plus important de nos vies s’écrit toujours dans la marge. Nos vies se révèlent, non dans nos réussites, mais dans nos échecs. Tous nos rendez-vous manqués.

Françoise, vigile, artiste, voyante médium, ose, elle remplit le rôle le plus difficile : dire la vérité mais la beauté d’un cri ne peut décrire ce qu’il ressent. Alors, elle parle avec ses mains comme un effacement, un frottement qui fait naître le beau dans la grimace comme dans la peur. Dans ses tableaux collages, Françoise est notre miroir lacunaire, notre puzzle reconstitué, elle passe de l’autre côté avec courage et bonté comme un chaman, elle nous invite au festin du “Baron Samedi” arrache les masques et démasque les zombies.

Retour à la peinture : tâche originelle lorsque nous étions tous encore foetus! Françoise pratique le geste paradoxal du peintre: elle efface ce qu’elle veut montrer. Elle est peintre pour quitter la peinture. Son geste donne à voir l’obscurité, le noir.... c’est à dire la mort. Créer avec la mort, naître avec la mort et vivre avec la mort. Oeuvres expiatoires qui lavent les lavis et la vie.

Avec le poète elle dit : “j’irai laver mon coeur à la rivière, comme un linge rougi par les rigueurs du destin” Un geste quasi catharsique qui fait apparaître et disparaître le masque dans la grimace. Elle accompli son oeuvre, je l’admire, j’éprouve l’envie de sauver tous ses tableaux, ses collages, ses poupées de chiffons. Reliquaires tremblants de souvenirs d’abandons, de les aimer, avec vous, vous les faire partager comme un cadeau.

Serge Lamour, art advisor